Park Glee Club

Chorale de Negro spirituals

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Le Negro spiritual

dimanche 30 avril 2006, par Etienne

En laissant au débat le soin d’éclairer ou de développer tel ou tel point, je définirai rapidement le Negro spiritual, son origine, sa diffusion ; puis nous verrons à quelle réalité humaine il correspond, quel peuple, quelle culture, quelle religion. Enfin, nous verrons de près le contenu à la fois spirituel et catéchétique de ces chants.

On parle de "Negro" spirituals parce que tous les spirituals ne sont pas noirs, ne sont pas "Negro". Il y a des "white spirituals", des spirituals blancs. Les spécialistes ont dénombré 550 White contre 6000 Negro spirituals différents. Je m’appuie ici sur le livre fondamental qu’est celui de John Lovell, intitulé "Black song. The Forge and the Flamme", Macmillan, New-York 1972, "la Forge et la Flamme". Vous voyez que le mot "spirituals" est éliminé du titre. Ceci révèle un désir de séculariser ces chants, de les mettre à la portée des incroyants. J. Lovell qui est venu à Lyon, qui a entendu le Park Glee Club, et qui a étudié la diffusion du Spiritual à travers le monde, dénombre donc 6000 Negro spirituals différents, dont beaucoup sont fort proches parents, cousins, sinon jumeaux ; un décompte plus strict en réduit le nombre à 500 ou 600.

AVANT TOUT ET EXCLUSIVEMENT DES CANTIQUES

Que sont ces chants ? Ce sont avant tout et exclusivement des cantiques. La civilisation anglo-saxonne comprend mal la laïcité, et l’on peut chanter Dieu en dehors des cantiques. Il y a, en effet, des chants qui sans être des Negro spirituals, parlent des Noirs et de Dieu : ce sont des chants de ménestrels, oeuvres, par exemple, du Théodore Botrel américain, le compositeur blanc Stephen Foster. L’un de ces chants a été transformé en cantique français ; "Forts d’avoir prié ensemble..." n’est autre que "Old Folks at home". Les Negro spirituals qui sont exclusivement des cantiques, ne se chantent pas que dans les églises. Dans la culture noire, les cantiques font partie du bagage culturel de chacun. Le Noir transporte le spiritual, avec la totalité des couplets, partout où il va, et il peut le lancer à n’importe quel moment, seul ou en groupe. Ce cantique est aussi exclusivement chrétien, et protestant. Il n’y a pas de Negro spiritual catholique. Un religieux dominicain, je crois, notait qu’à la Martinique, au début de la colonisation, donc dans un contexte catholique romain, les esclaves se réunissaient devant l’église à la sortie de l’office et chantaient des chants religieux de leur propre composition. C’est tout à fait la définition du spiritual. Il ne nous en est rien resté. Il est fort probable que la liturgie universelle de l’église catholique romaine a découragé ces initiatives locales, pendant des siècles. Ceci joint à une conception assimilatrice de la colonisation française a détruit toute musique religieuse antillaise. Il n’en est pas de même de la musique profane.

Musique protestante, d’origine Baptiste et Méthodiste essentiellement, musique populaire, et qui tend à le rester. A tel point que les Noirs américains qui "évoluent", comme on dit, qui deviennent des gens instruits, ont souvent tendu à mépriser ce genre de musique ; lorsqu’ils s’y intéressent de nouveau, comme je le disais tout à l’heure, c’est pour des raisons politiques et culturelles, mais non religieuses. Ce sont également des chants communautaires. Il y a fort peu de spirituals que l’on chante pour soi tout seul. Ou alors, Si on en chante, on imagine la communauté reprenant le refrain ou le leitmotiv. C’est ce qui distingue, d’ailleurs, le blues du Spiritual. Le blues qui est essentiellement un chant profane, dit la misère, la peine, la douleur d’une personne, généralement au pronom personnel "Je". Tandis que lorsque l’on dit JE dans le Spiritual, il est presque immédiatement suivi du TU ou du VOUS pour aboutir à un NOUS.

DES CANTIQUES AFRO-AMERICAINS

Les Negro spirituals sont, en outre, afro-américains. C’est-à-dire qu’ils sont à la fois américains et africains. Ceci est contesté. Beaucoup s’imaginent que de pareils chefs-d’oeuvre - car il y en a qui sont d’une grande beauté - n’ont pas pu naître d’esclaves illettrés, d’anciens païens, de véritables "sauvages". Il faut qu’ils aient été enseignés aux Noirs par des Pasteurs blancs. Cette conception qui a longtemps prévalu est indispensable, bien sûr, à la philosophie des Blancs du sud qui repose sur la suprématie de la race blanche.

Les aspects africains

On se demande également Si cette musique est d’origine africaine car les Africains, dans l’ensemble, chantent à l’unisson, tandis que les Noirs américains harmonisent spontanément en 4, 6, 8 parties. Il faut avouer aussi que la gamme qu’adoptent les spirituals n’est pas la gamme africaine ; sans parler de la religion et de la langue qui sont visiblement américains. Qu’y a-t-il donc d’africain dans les spirituals ?

Avant tout, bien sûr, le rythme syncopé. Mais attention ! ce sont des rythme subtils. Il y a au moins deux rythmes simultanés ou alternatifs, il y a le rythme qui est produit par un balancement de la tête et du buste, ou, si l’on est debout, de la tête et du corps, et ce rythme-là se superpose en une espèce de contrepoint, à d’autres rythmes marqués par les pieds et les mains. Or, entre les pieds et les mains, il y a des battements qui sont syncopés. (Ex)... Je suppose que tout ceci change selon que l’on est debout ou assis. Quoi qu’il en soit, certains de ces chants invitent à prendre la position debout et se terminent parfois dans un espace vide, entre le podium et les bancs, où se constituait autrefois ce que l’on appelait le "ring" : une sorte de cercle où les volontaires chantaient en dansant d’une manière typiquement africaine. Ajoutons à cela, bien sûr, les instruments à percussion, banjo (et non pas guitare) et piano, au début. Maintenant, tous les instruments à percussion sont possibles, qui rappellent les tam-tam africains (batterie, piano, orgue, guitare, tambourins, etc.).

Un deuxième aspect africain : La structure prosodique métrique où nous avons un échange constant entre un soliste et la foule, comme souvent dans les chants folkloriques. Le leit-motiv, quelquefois un vers unique, toujours le même, alternant avec un vers inventé. Rappelez-vous le célèbre spiritual sur la crucifixion : "Etiez-vous là ?". Nous avons 5 couplets de 4 vers chacun. Dans chaque strophe il n’y a qu’un vers nouveau : les trois autres vers sont exactement les mêmes repris cinq fois de suite. Ces structures d’alternance entre couplets et leit-motiv ou refrain, sont communautaires et africaines. L’utilisation même de ces chants, la répétition jusqu’à l’épuisement, jusqu’à l’épanouissement, jusqu’à une sorte de paroxysme qui se traduit parfois par un effondrement physique et une crise nerveuse, ceci est assez typiquement africain. Enfin, du point de vue mélodique, il y a cette "blue note" qui est si caractéristique.

Le texte lui-même, par sa référence fréquente à l’Histoire Sainte, souligne le goût du récit et le culte du héros si développé chez et par les griots africains. Ajoutons, enfin, du point de vue religieux, le monothéisme, d’origine musulmane et même animiste. Que sont devenus les esclaves musulmans arrachés aux côtes de Guinée ou même à l’Afrique orientale ? On prétend maintenant que des esclaves provenaient même de ces régions éloignées de l’Océan Atlantique. Qu’est donc devenu cet Islam sous l’esclavage chrétien ? On peut se demander si, après une conversion de plusieurs générations au christianisme, il ne reparaît pas sous la forme des Musulmans Noirs. Les historiens pensent aussi que les esclaves animistes avaient, pendant des générations, entendu parler de cette religion chrétienne qui s’était répandue dans les premiers temps de notre ère sur les rivages de l’Afrique du Nord, et que la colonisation portugaise avait déjà introduite en Afrique orientale bien avant le transfert des Noirs aux Etats-Unis. Voilà suffisamment d’arguments en faveur des origines africaines des spirituals.

Les apports américains

Qu’en est-il donc des apports américains ? Bien sûr, la religion protestante. Mais attention, ce n’est pas tout à fait celle des maîtres blancs ; il n’est pas possible que des esclaves noirs aient souscrit à la religion de ces blancs qui défendaient l’esclavage - on n’a pas à ce point le goût du suicide. Il n’est pas possible que les esclaves noirs aient cru à une certaine morale chrétienne prêchée en chaire et non pratiquée dans la chair. Les femmes noires étaient les premières à savoir à quelles séances de lubricité elles pouvaient être exposées. C’est pourquoi la religion des Noirs d’Amérique est si floue du point de vue intellectuel, du point de vue de la pensée et en somme, aussi peu dogmatique que possible. Ces Africains américanisés ne croient pas à ce que l’on dit, mais plutôt à ce que l’on fait. L’hypocrisie de la démocratie après l’émancipation et depuis, l’hypocrisie du christianisme américain ne font aucun mystère pour les Noirs.

Quant à la langue, c’est de l’anglais déformé, en phonétique et en syntaxe ; et c’est un peu ce qui a dévalorisé les spirituals aux yeux de la classe intellectuelle noire : ce dialecte était un peu la mesure de l’incapacité de ses ancêtres à prononcer, à adopter une langue universelle. Avec la langue sont tout de même venus un certain goût poétique, certains procédés prosodiques, l’utilisation de la rime, de l’allitération et de l’assonance, les accents qui sont typiquement anglo-saxons, la coïncidence du temps fort de la mesure et de l’accent tonique verbal, l’admirable concordance du rythme de la phrase anglaise et de la syncope africaine.

Enfin, il reste l’institution ecclésiale. Les Noirs qui ne participaient généralement pas aux offices baptistes, méthodistes ou presbytériens, ont éprouvé le besoin d’avoir des églises à eux, et ceci très tôt. Dans une vue ségrégationniste, leurs maîtres, dans la mesure où ces rassemblements n’étaient pas subversifs, ont encouragé la constitution de ces églises. Et hélas, il fallait aussi enterrer les morts, baptiser les convertis, très rapidement, s’est constitué, au temps de l’esclavage, un clergé noir généralement autodidacte. On se demande comment ces deux mondes aussi différents, ces deux christianismes ont pu coexister.

On a longtemps attribué les spirituals - dont l’origine a été longtemps discutée - à l’influence de ce que l’on appelle les Camps meetings. Les C.M. sont des célébrations dans les régions de colonisation encore indécise, celles de "la frontière", qui se cherchent et n’ont pas encore donné naissance à de véritables communautés. Les C.M. ont surtout assemblé des Blancs. Et comme il y avait beaucoup de travail matériel à assurer, les esclaves noirs, en particulier les house-slaves, les esclaves domestiques, participaient nécessairement à ces C.M. Au bout d’un certain temps, ils y ont participé de façon active. Quelquefois, l’office terminé, ils prolongeaient ces séances par des chants accompagnés de danses qui pouvaient sembler assez primitives à leurs maîtres blancs.

Voilà donc ce qu’il y a à la fois d’américain et d’africain dans les spirituals. Je puis dire que c’est la même religion, la même foi, la même langue, c’est la même musique et pourtant tout est différent. Comme quoi, puisant à la même source religieuse, les Noirs ont pu donner des produits assez originaux. Les Blancs américains ne s’y trompent pas, qui impriment dans leurs recueils des spirituals différents de leurs hymnes et cantiques.

NAISSANCE D’UN NEGRO SPIRITUAL

Comment naissait en pratique un spiritual ? Il faut se baser sur des documents assez anciens. Dans le meilleur recueil de Negro spirituals des deux frères James Weldon et Rosemund Johnson [1]. on parle beaucoup du Johnson chantant et de Mamma White ; je dirais Mémée White. Cet homme et cette femme, qui n’étaient plus très jeunes, représentent le type de paroissien ardent, fécond, créateur de musique, sans autre préparation que leurs dons naturels et, bien sûr, la pratique. Il faut d’abord reconnaître que ces êtres particulièrement doués ne sont pas très rares dans une race habitée par un besoin universel de danser et de chanter. Dans telle langue africaine, danser et chanter ne sont qu’un seul et même mot. Il n’y a pas de danse qui ne se chante, il n’y a pas de chant qui ne se danse. Il y a, en outre, chez ces esclaves illettrés, un besoin de mémorisation par la répétition, et aussi une tendance à commenter l’enseignement reçu qui fait à la spontanéité une large place dans la célébration. Ainsi donc les réunions religieuses - on n’ose pas leur donner d’autre nom dans les débuts - supposaient déjà une communauté et de dons et de besoins. L’enseignement a d’abord été répété de ce que les esclaves avaient pu entendre dans les églises blanches. Mais l’accès aux livres saints était interdit. Quiconque surpris à enseigner la lecture à un esclave était très sévèrement puni. Néanmoins, les enfants blancs, probablement parce que cela les distrayait, avaient la possibilité d’apprendre à lire à des esclaves adultes. Pauvres en livres, les Noirs ont appris par coeur de longs passages de la Bible. Les connaissances bibliques des Pasteurs - non pas ceux qui sont passés par les universités ou les séminaires, mais les autodidactes - sont absolument effarantes. Ce sont des bibles vivantes. il y a en outre - et là c’est un article de foi - l’inspiration divine. La plupart de ces chants, lorsqu’ils sont créés ou interprétés, interviennent quand ils sont psychologiquement nécessaires à la Communauté, lorsqu’ils répondent à un besoin ou expriment un sentiment généralement partagé ; et la forme qu’adopte à ce moment-là le chant est testée immédiatement. Le chant s’il ne convient pas à l’assistance n’est pas repris. C’est vous dire qu’en plus des 6.000 spirituals décomptés, il y a eu pas mal d’esquisses qui n’ont pas survécu. D’ailleurs, s’il y en a autant, c’est que le même spiritual était toujours libre d’être amélioré, actualisé ou transformé ; car ce sont avant tout des chants existentiels, répondant à un besoin vécu. Et comme ils ne sont pas obligatoires, ils répondent toujours à une vérité vécue.

DIFFUSION DES SPIRITUALS

La diffusion des spirituals s’est faite à la fois par les Pasteurs itinérants et par les esclaves vendus d’une propriété à l’autre. Ainsi donc les chants qui comportaient des particularités dialectales et musicales assez locales se sont rapidement répandus dans tout le Sud des Etats-Unis. ils n’ont été recueillis que peu avant l’abolition de l’esclavage et transcrits vers 1860. Immédiatement ils ont été révélés à l’Europe protestante, anglo-saxonne et nordique. Les premiers choeurs noirs américains venus en Europe ont contourné la France sans s’y arrêter. J’aurais voulu savoir quel préjugé défavorable les a ainsi écartés de notre pays où ils ne sont jamais venus que 60 ans après. La Reine Victoria, les Tsars de Russie, les Empereurs d’Allemagne ont entendu des spirituals et nos Présidents de la République, leurs contemporains, pas du tout.

A titre de curiosité je voudrais parler d’un spiritual né à Lyon et dont je puis vous faire un peu l’historique. Sachant qu’il existait autrefois la ségrégation dans les autobus d’Atlanta, en Géorgie, je me suis toujours refusé à monter dans les transports en commun de cette ville, lorsque j’y faisais les cours d’été. J’ai donc dû souvent faire le trajet à pied sous le soleil de juillet. Quand Martin Luther King fut appelé à prendre la tête d’un mouvement de protestation contre la ségrégation dans les autobus de Montgomery, dans l’Alabama, j’ai très personnellement entendu cet appel et dans mon esprit j’ai fait le boycott sans quitter, d’ailleurs, la bonne ville de Lyon. Il en est sorti un spiritual lyonnais, le seul et unique, que je pourrai vous chanter par la suite si nous en avons le temps. Il dit ceci :

J’irai à pied sur mes deux jambes

Jusqu’à l’avènement du Royaume,

Jusqu’à ce que mon frère me serre la main.

Allez, va t’asseoir au fond, me dit-il,

C’est là ta place

Jusqu’à l’avènement du Royaume

Va t’asseoir au fond.

Et mon frère ne me serra pas la main.

Mais le Seigneur dit Viens t’asseoir par devant

Jusqu’à l’avènement du Royaume,

Viens t’asseoir au premier rang

Et c’est moi qui viendrai m’asseoir près de toi

Jusqu’à l’avènement du Royaume.

UNE CONDITION HUMAINE PARTICULIERE

Le peuple, dont nous avons parlé est avant tout un peuple pauvre et exilé qui s’est trouvé dans des conditions sociales telles que le message évangélique lui a semblé particulièrement écrit pour lui, à son usage. A l’imitation du peuple juif, les Noirs n’ont eu pendant des générations d’autre source de culture que la Bible. Ils n’ont jamais eu droit à autre chose. Aussi le langage biblique, les héros de la Bible, les citations bibliques font partie de leur langage quotidien, ont aidé à constituer leur personnalité en plus de leur culture. Ils sont non pas le peuple élu, hélas, élu et si maltraité, mais le peuple "chéri" de Dieu. Et de cette prédilection du Seigneur pour eux, ils ne doutent absolument pas. Beaucoup de Blancs, du reste, n’en doutent pas non plus. Ce qu’il y a dans ces spirituals, nés d’une condition humaine si particulière, c’est l’authenticité du message évangélique, la sincérité de l’émotion, la référence à des situations vécues, le sens communautaire, mais aussi le sens universel.

UNE VERITABLE MISSION OECUMENIQUE

Il est extraordinaire que des chants nés dans une condition aussi limitée, aussi exceptionnelle aient su dépasser tous les particularismes, y compris ceux des différentes confessions. Tous d’origine baptiste ou méthodiste, ils n’ont rien qui puisse choquer un catholique, d’où une véritable mission oecuménique. On n’y sent pas de barrière entre notre monde et l’au-delà. L’aspiration à la Terre Promise est aussi synonyme de liberté en ce monde. La mort y perd son caractère venimeux, car elle ouvre les portes du Paradis. Cette espérance en l’immortalité est signe aussi d’une vitalité extraordinaire dès cette vie, d’une joie de vivre qui conduit facilement à la danse et mène à la recherche d’un certain bien-être, d’un certain bonheur, comme s’il n’est pas interdit aux croyants d’avoir l’air heureux. Il y a aussi la grande récompense des justes, ce qui leur a permis de durer dans un univers d’injustice, sans perdre espoir.

Quant à la forme du spiritual, on a parlé d’un langage naïf, enfantin. Je dirais plutôt que, comme les apôtres, ils étaient effectivement sans instruction sans culture formelle, et que le Seigneur a été plein de sympathie pour les petits enfants ; eh bien ! ce sont de grands enfants, ils ont l’esprit d’enfance que nous recommande le Seigneur. Quant à la charge poétique de ces textes, elle est faite de pauvreté dans les moyens. Point ici de littérature. Reprenons pour exemple la Crucifixion : la pure poésie de ce chant vient d’un dépouillement total sur ces 5 vers, une seule image : "Etiez-vous là lorsque le soleil refusa de briller", mais tout le reste est de la plus grande simplicité, se bornant à citer le détail biblique. Ce chant que j’avais mimé devant G. Cesbron l’avait bouleversé et je me repens d’avoir su qu’il était gravement malade et de ne lui avoir pas écrit pour lui rappeler ce moment de communion intense avec l’ultime sacrifice du Christ.


[1The Book of American Negro Spirituals, The Viking Press, New-York

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